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La céphalée de tension: mécanismes, diagnostic et traitement

  • Photo du rédacteur: Charbel Kortbawi
    Charbel Kortbawi
  • 7 avr.
  • 9 min de lecture

Comprendre la céphalée de tension

La céphalée de tension (CT) représente la forme de céphalée primaire la plus fréquente au monde.

La CT est définie par l'International Headache Society (IHS) dans la 3e édition de la Classification Internationale des Céphalées (International Classification of Headache Disorders — ICHD-3) comme une céphalée primaire bilatérale, d'intensité légère à modérée, de qualité pressante ou constrictive, non pulsatile, non aggravée par l'activité physique habituelle et non associée à des nausées ou vomissements. 1


Épidémiologie

La prévalence mondiale de la céphalée de tension est estimée à environ 26 % chez les adultes, avec une variabilité importante selon les populations et les méthodologies d'étude. On estime que 30 à 80 % de la population adulte sera affectée à un moment de sa vie. 2,6

L'incidence est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, une différence attribuée en partie aux facteurs hormonaux, au stress et aux influences psychosociales. Le fardeau de la CT, mesuré en années vécues avec incapacité (AVIs), est maximal entre 15 et 49 ans. L'incidence diminue avec l'âge, bien que la CT reste une pathologie significative chez les personnes âgées. 2

La CT entraîne une charge socio-économique considérable. Elle est associée à davantage d'absences au travail et d'incapacité fonctionnelle que la migraine, en raison de sa très haute prévalence dans la population générale. 10

Un statut socio-économique bas est associé à des niveaux de stress plus élevés, un accès aux soins limité et un niveau d'éducation plus faible, contribuant à la prévalence et à la sévérité de la CT. La CT épisodique peu fréquente est par ailleurs sous-déclarée dans les études épidémiologiques. 2


Global prevalence of (A) migraine and (B) tension-type headache by age and sex, 2016
Global prevalence of (A) migraine and (B) tension-type headache by age and sex, 2016. (Lancet Neurol. 2018;17(11):954–976)


Prevalence is expressed as the percentage of the population that is affected by the disease


Classification selon l'ICHD-3

L'ICHD-3 distingue trois sous-types de CT selon la fréquence des épisodes. Cette classification conditionne directement les décisions thérapeutiques. 1

 

Sous-type

CT épisodique peu fréquente

CT épisodique fréquente

CT chronique

Fréquence

< 1 jour/mois (< 12 j/an)

1–14 jours/mois (≥ 3 mois)

≥ 15 jours/mois (≥ 3 mois)

Durée

30 min à 7 jours

Quelques heures à plusieurs jours

Heures à jours, parfois continu

Impact fonctionnel

Faible

Modéré à significatif

Sévère, altérant la qualité de vie

Traitement préventif

Non indiqué

À discuter selon l'impact

Indiqué (amitriptyline en 1re intention)

 

La CT chronique (CTC) constitue une entité distincte, caractérisée par une sensibilisation centrale progressive et une réponse thérapeutique plus complexe. 7


Tableau clinique et présentation diagnostique


Caractéristiques sémiologiques

La CT se manifeste par une douleur bilatérale, diffuse, d'intensité légère à modérée, décrite le plus souvent comme une sensation de casque, d'étau ou de bandeau serré autour de la tête. La douleur peut irradier vers la nuque et les épaules. Elle n'est pas pulsatile et ne s'aggrave pas à l'effort physique habituel. 2

Contrairement à la migraine, la CT n'est généralement pas accompagnée de nausées ni de vomissements. Une légère photophobie ou phonophobie peut être présente, mais jamais les deux simultanément dans la forme épisodique. Dans la CTC, une légère nausée est tolérée selon les critères ICHD-3. 1,2



Critères diagnostiques ICHD-3

Le diagnostic de CT est clinique, fondé sur l'interrogatoire et l'examen physique. Les critères de l'ICHD-3 pour la CT épisodique fréquente (2.2) sont les suivants : 1

•       Au moins 10 épisodes de céphalée survenant 1 à 14 jours/mois pendant plus de 3 mois

•       Durée de 30 minutes à 7 jours

•       Au moins 2 des 4 caractéristiques : localisation bilatérale ; qualité pressante ou constrictive (non pulsatile) ; intensité légère à modérée ; absence d'aggravation par l'activité physique habituelle

•       Absence de nausées et de vomissements ; pas plus d'une parmi photophobie et phonophobie

•       Non mieux expliquée par un autre diagnostic de l'ICHD-3

 

Le journal de céphalées constitue l'outil d'évaluation de référence pour la classification diagnostique et le suivi thérapeutique. 2


Causes et mécanismes de la céphalée de tension

La physiopathologie de la CT est multifactorielle et implique une interaction entre mécanismes périphériques et centraux, dont le poids respectif varie selon le sous-type clinique. 3


Mécanismes périphériques : sensibilisation myofasciale

Dans les formes épisodiques, la nociception myofasciale péri-crânienne joue un rôle prépondérant. Les tissus musculaires et conjonctifs développent des zones de sensibilité localisée — les points gâchettes myofasciaux — susceptibles de générer des douleurs référées vers le cou, les épaules et le scalp. 2,8

Des études comparatives ont mis en évidence une sensibilité péri-crânienne significativement plus élevée chez les patients souffrant de CT que chez les sujets migraineux ou les sujets sains. Cette sensibilité augmente avec la fréquence et la sévérité des épisodes. 8

Des études électromyographiques (EMG) ont montré une activité musculaire accrue au repos et une réduction du recrutement lors des contractions maximales chez les patients souffrant de CTC, comparativement aux sujets sans céphalée. Ces données suggèrent un défaut de relâchement musculaire au repos et une altération de la réponse à l'effort. 8


Mécanismes centraux : sensibilisation centrale

La transformation de la CT épisodique en CTC est associée à une sensibilisation centrale progressive des neurones de second ordre de la moelle épinière et du noyau trigéminal spinal. Cette sensibilisation se traduit par une hypersensibilité généralisée à la douleur, cutanée et musculaire, et une altération des voies de modulation endogène de la douleur. 3,7

Des études en IRM fonctionnelle (IRMf) ont objectivé des modifications de la connectivité fonctionnelle cérébralechez les patients souffrant de CT, notamment entre le cortex somatomoteur et les régions fronto-operculaires, insulaires et temporo-occipito-pariétales. L'intensité de ces modifications est corrélée au score d'impact des céphalées (Headache Impact Test-6 — HIT-6). 5

Les comorbidités psychiatriques — anxiété et dépression — sont fréquemment associées à la CTC et contribuent à l'aggravation de la sensibilisation centrale. 2


Causes et mécanismes de la céphalée de tension. (Nat Rev Dis Primers. 2021;7:24)
Causes et mécanismes de la céphalée de tension. (Nat Rev Dis Primers. 2021;7:24)

Rôle du stress

Le stress constitue le facteur déclenchant le plus fréquemment rapporté dans la CT. Les mécanismes impliqués comprennent l'activation des voies neuroendocriniennes (axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien), la tension musculaire chronique et l'altération des systèmes de modulation centrale de la douleur. Des interactions bidirectionnelles entre stress, troubles du sommeil et CT ont été documentées. 3


Facteurs de risque et de chronicisation

Les principaux facteurs associés à la survenue et à la chronicisation de la CT sont les suivants : 2,3

•       Stress psychologique chronique : premier facteur déclenchant identifié dans les études épidémiologiques

•       Troubles du sommeil : insomnie et apnées obstructives du sommeil sont des comorbidités fréquentes de la CTC

•       Posture et ergonomie déficientes : travail prolongé en position statique, surcharge cervicale, déséquilibres musculaires

•       Migraine coexistante : sa présence multiplie le risque de chronicisation

•       Comorbidités psychiatriques : anxiété, dépression, trouble somatoforme

•       Surconsommation d'antalgiques : facteur majeur d'entretien de la CTC via la céphalée par abus médicamenteux (CAM)

•       Statut socio-économique bas : accès aux soins limité, stress majoré, conditions de travail défavorables


Prise en charge thérapeutique

La stratégie thérapeutique est adaptée à la fréquence des épisodes, à l'impact fonctionnel et aux comorbidités. Elle repose sur une approche multimodale associant traitements pharmacologiques et non pharmacologiques. 2,7


Traitement des crises aiguës

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) — ibuprofène, kétoprofène, naproxène — et le paracétamolconstituent les traitements de première intention des crises de CT épisodique. Le paracétamol est recommandé en dose unique de 500 à 1 000 mg. Les AINS sont contre-indiqués en cas d'insuffisance rénale, de pathologie ulcéreuse active ou pendant le troisième trimestre de la grossesse. 2

Les triptans, les opioïdes et les myorelaxants ne sont pas indiqués dans le traitement symptomatique de la CT. Une consommation d'antalgiques supérieure à 10–15 jours par mois expose au risque de CAM et doit être évitée. 1


Traitement préventif pharmacologique

Un traitement de fond est indiqué dans les formes fréquentes et chroniques, ou en cas de CT épisodique avec retentissement fonctionnel significatif.

L'amitriptyline (antidépresseur tricyclique) représente le traitement préventif de référence, bien que son utilisation dans cette indication soit hors autorisation de mise sur le marché (AMM).

D'autres antidépresseurs — mirtazapine 30 mg ou venlafaxine 150 mg — peuvent être envisagés en deuxième intention en cas d'intolérance ou d'échec à l'amitriptyline, conformément aux recommandations de la Fédération Européenne des Sociétés Neurologiques (European Federation of Neurological Societies — EFNS). Les bêtabloquants et le topiramate disposent de preuves limitées dans la CT. 11


Thérapies manuelles et ostéopathie

Les thérapies manuelles occupent une place validée dans la prise en charge de la CTC. Une revue systématique a montré que les thérapies manuelles réduisent la fréquence des céphalées comparativement aux soins habituels ou aux interventions simulées. 4


Une méta-analyse publiée en 2025 dans le Journal of Osteopathic Medicine a conclu qu'une combinaison de techniques du traitement ostéopathique (TOM) réduit efficacement la fréquence et la sévérité des céphalées associées à un dysfonctionnement musculo-squelettique et améliore la qualité de vie. 13

Les techniques documentées dans la CT comprennent le travail sur les points gâchettes des muscles péri-crâniens (temporal, sous-occipitaux, trapèze, sternocléidomastoïdien), la mobilisation cervicale et thoracique douce et les techniques de relâchement myofascial. La physiothérapie ciblée montre des effets positifs sur la douleur et la fréquence des crises à court, moyen et long terme. 12


Ostéopathe à Paris 16 spécialisé en douleur chronique, Charbel Kortbawi réalise un traitement ostéopathique pour céphalée de tension chez un patient

Approches non pharmacologiques complémentaires

  • Biofeedback : technique comportementale permettant au patient de moduler sa tension musculaire péri-crânienne et sa réponse physiologique au stress. Son efficacité dans la CTC est soutenue par des essais randomisés contrôlés.

  • Thérapie cognitive et comportementale (TCC) : indiquée en cas de comorbidités anxio-dépressives, de catastrophisme ou de kinésiophobie associés à la CTC.

  • Acupuncture : une méta-analyse Cochrane a démontré un bénéfice dans la réduction de la fréquence des CT chroniques, avec un profil de tolérance favorable.

  • Activité physique aérobie : une pratique régulière d'intensité modérée est associée à une réduction de la fréquence et de l'intensité des CT dans plusieurs études observationnelles.

  • Hygiène du sommeil et gestion du stress : la correction des troubles du sommeil et l'apprentissage de techniques de relaxation — relaxation musculaire progressive, cohérence cardiaque, pleine conscience (mindfulness) — constituent des objectifs thérapeutiques à part entière dans la CTC.


Spécificités de la prise en charge de la CT chronique

La CTC requiert une approche pluridisciplinaire coordonnée, associant médecin (neurologue ou médecin généraliste), ostéopathe ou physiothérapeute, et, le cas échéant, psychologue ou psychiatre. La prise en charge d'une CAM associée impose un sevrage progressif des antalgiques, qui doit précéder tout traitement préventif efficace. 7

Des études en neuroimagerie ont objectivé une réduction du volume de substance grise chez les patients souffrant de CTC, suggérant des modifications neuroplastiques liées à la sensibilisation centrale, potentiellement réversibles après traitement efficace. 9


Apport de Charbel Kortbawi DO, MSc. ostéopathe spécialisé dans la gestion de la douleur

Dans ce contexte, mon approche en ostéopathie spécialisée s’inscrit comme un complément structuré et fondé sur les données scientifiques actuelles de la douleur chronique.

Elle repose sur plusieurs axes clés :

  • Modulation des mécanismes de sensibilisation centrale: Par un travail ciblé sur les structures cervicales, crâniennes et les tissus mous, l’objectif est de diminuer l’hyperexcitabilité du système nerveux et de restaurer des entrées sensorielles non nociceptives.

  • Amélioration de la fonction cervicale et de la mobilité: Les dysfonctions cervicales et les tensions musculaires péricrâniennes étant fortement impliquées dans la CTC, leur prise en charge permet de réduire la fréquence et l’intensité des symptômes.

  • Approche intégrée basée sur la neuroscience de la douleur: Grâce à mon Master 2 en neurosciences, j’intègre des stratégies d’éducation thérapeutique visant à réduire la peur du mouvement, améliorer la compréhension des symptômes et favoriser la récupération.

  • Stratégies d’autogestion personnalisées: Le patient est acteur de sa prise en charge, avec des conseils individualisés (exercices, gestion du stress, ergonomie, activité physique), essentiels pour prévenir les récidives.

  • Approche adaptée aux profils chroniques et complexes: Mon expertise en gestion de la douleur chronique permet d’adapter la prise en charge aux patients présentant des troubles persistants ou résistants aux approches classiques.


Conclusion

La céphalée de tension constitue la céphalée primaire la plus prévalente. Son diagnostic repose sur des critères cliniques précis définis par l'ICHD-3, et son traitement s'appuie sur une stratégie multimodale adaptée à la fréquence et à la sévérité des épisodes. La physiopathologie distingue des mécanismes périphériques myofasciaux — prédominants dans les formes épisodiques — et des mécanismes centraux de sensibilisation, déterminants dans la chronicisation. La prise en charge de la CTC nécessite une approche pluridisciplinaire coordonnée, intégrant traitements pharmacologiques, thérapies manuelles et interventions comportementales validées.

 


Références bibliographiques

1.  International Headache Society. The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition (ICHD-3). Cephalalgia. 2018;38(1):1–211.

2.  Lee HJ, Cho SJ, Seo JG, Schytz HW. Update on Tension-type Headache. Headache Pain Res. 2025;26(1):38–47.

3.  Repiso-Guardeño Á, Moreno-Morales N, Labajos-Manzanares MT, Rodríguez-Martínez MC, Armenta-Peinado JA. Does Tension Headache Have a Central or Peripheral Origin? Current State of Affairs. Curr Pain Headache Rep. 2023;27(11):801–810.

4.  Hager D, Guthmann R. Are manual therapies effective at reducing chronic tension headache frequency in adults? J Fam Pract. 2023;72(8):348–355.

5.  Zhao M, Chen L, Cheng Z, Wang X, Zhang S, Li M, Hao Z, Sun X, Zhang J, Yu Y, Ren J, Jia X. Altered brain functional connectivity in patients with tension-type headache. Headache. 2025;65(2):216–229.

6.  Ashina S, Mitsikostas DD, Lee MJ, Yamani N, Wang SJ, Messina R, Ashina H, Buse DC, Pozo-Rosich P, Jensen RH, Diener HC, Lipton RB. Tension-type headache. Nat Rev Dis Primers. 2021;7(1):24.

7.  Fumal A, Schoenen J. Tension-type headache: current research and clinical management. Lancet Neurol. 2008;7(1):70–83.

8.  Jensen R. Pathophysiological mechanisms of tension-type headache: a review of epidemiological and experimental studies. Cephalalgia. 1999;19(6):602–621.

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10. Scripter C. Headache: Tension-Type Headache. FP Essent. 2018;473:17–20.

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12. Repiso-Guardeño A, Moreno-Morales N, Armenta-Pendón MA, Rodríguez-Martínez MDC, Pino-Lozano R, Armenta-Peinado JA. Physical Therapy in Tension-Type Headache: A Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Int J Environ Res Public Health. 2023;20(5):4466.

13. Rehman Y, Kirsch J, Wang MYF, Johnston R, Will M, Gibson E, Spencer D, Garcia C, Snider KT. Osteopathic manipulative treatment in the management of headaches associated with musculoskeletal dysfunction: systematic review and meta-analysis. J Osteopath Med. 2025 [Epub ahead of print].

14. Qin L, Song P, Li X et al. Tension-Type Headache Management: A Systematic Review and Network Meta-analysis of Complementary and Alternative Medicine. Pain Ther. 2024;13:691–717.



Charbel Kortbawi DO, MSc.

Ostéopathe spécialisé en Sport et Gestion de la douleur chronique à Paris 16

Diplôme Français d’Ostéopathie 

Master 2 en Neurosciences.

Diplôme Universitaire - Gestion de la douleur chronique.

Diplôme Universitaire -  Douleur et motricité humaine.

Diplôme Universitaire - Anatomie Clinique et radiologique.

 
 
 

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